• samedi , 17 novembre 2018

7ème congrès SYNPAS avec SG Ndiouga Wade réélu. LA CHIENNE DE VIE DES GARDIENS PRIVES DENONCEE

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LA CHIENNE DE VIE DES GARDIENS PRIVES

 

La réglementation du secteur est à ses balbutiements et les acteurs concernés appellent de leurs vÂœux une nouvelle convention collective. Ils ont tenu leur congrès ordinaire, ce weekend.

C’est le paradoxe du gardien. Percevoir des miettes en veillant corps et âme sur des biens précieux. Au péril de sa vie, éventuellement. « On est sous-payés, pour des gens qui veillent sur des millions. Les plus fortunés comme moi sont payés jusqu’à 150 mille. Sinon, certains perçoivent trois fois moins, ou même en deçà ». Ablaye Guèye est en costume noir un peu trop grand pour sa taille. Des lunettes noires qui lui barrent le haut du visage lui confèrent l’apparence d’un farouche garde du corps. ‡a tombe bien, il évolue dans le domaine de la sécurité, plus précisément dans le gardiennage. Pensionnaire de l’agence Intersécurité, il arbore fièrement le nom de son entreprise floqué sur un brassard fluorescent.

Cette agence est l’une des nombreuses qui fleurissent dans la capitale sénégalaise, à l’instar d’Aspi, de Sagam, de Phénix, de Sps, de Multi Access, de Atis Securidog. Combien sont-elles ? 471, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, avec près de 40 mille personnes employées. Les professionnels qui y évoluent tentent d’établir une cartographie plus exhaustive de la sécurité et des règles strictes pour évoluer dans ce milieu. Mais le problème le plus prégnant demeure les émoluments dérisoires d’une masse critique de gardiens. D’ailleurs, avant-hier samedi, il a été beaucoup question « d’assainissement du secteur de la sécurité privée pour des emplois décents », sur les teeshirts floqués spécialement à l’effet de célébrer la grand-messe des agents de sécurité.

Cinq ans après, l’évènement, le 7e Congrès ordinaire du Syndicat national des personnels civils des armées et des services de sécurité publics, privés et assimilés (Synpas), avait plutôt l’air d’un rassemblement festif, d’un meeting politique, dans le grand amphithéâtre du King Fahd Palace. Les décibels surpuissants d’un orchestre faisaient trembler le parquet et les acclamations à tout rompre se succédaient à l’énumération des noms de chaque dirigeant syndical. Les problèmes restent pourtant les mêmes.

Salaires modiques

Malgré cette ambiance festive et fortement syndicalisée, les complaintes sur la modicité des sommes perçues par les gardiens ont occupé l’essentiel des préoccupations. Surtout si on a le malheur de ne pas être logé à la même enseigne qu’Ablaye Guèye. Son cas est presque une bénédiction dans un milieu où ses congénères perçoivent moitié moins que lui ou moins du tiers de son salaire. La précarité de l’emploi et les salaires dérisoires sont une généralité dans la sécurité privée. « Les salaires de base varient entre 62 et 63 mille francs Cfa, sans compter les primes de transport et autres », confie Ibrahima Sané.

En chemise jaune aux épaulettes bleu-nuit floquées à l’effigie de Vigassistance, une agence phare du gardiennage, il fait cette révélation au milieu de nombreux autres confrères venus en masse, tous vêtus du même uniforme. Egalement membre du syndicat, il affirme que la non-formalisation intégrale de ce métier les expose à une situation précaire de journaliers permanents jamais intégrés, sans compter le « licenciement abusif » qui est une règle commune dans ce métier, d’après plusieurs interlocuteurs. Alignés sur la Convention collective du commerce, les « gardiens » syndiqués veulent une réglementation qui leur soit spécifique et épouse parfaitement leurs exigences et attentes.

Les griefs de ces anciens militaires, pour la plupart, ne sont pas d’ordre matériel uniquement, mais peuvent être existentiels. Waly, qui a dû écourter son cursus scolaire en 3e et libéré du service militaire actif après un passage à Dakar-Bango, se morfond entre fatalité et colère. Ses rêves d’aller au front se sont fracassés contre une réalité qui l’a confiné à un service plus modeste dans la guérite d’une villa cossue. ‘’Il faut vraiment être confronté à un manque de choix pour s’adonner à ce métier. Déjà que ça me vieillit de plus, rester assis qu’actif. ‡a passe ! Mais si tu as la malchance de devoir veiller à la sécurité de gens qui te méprisent, qui te considèrent comme un moins que rien, il t’arrive de sentir toute la misère du gardiennage », se plaint le bonhomme dont l’intonation trahit ses origines sérères.

Malgré la modicité de certaines de ces sommes, ces entreprises sont ce qui se fait de mieux. Quant aux pensionnaires de l’agence Sps, ils ont remporté une signifiante victoire d’ensemble qui leur a permis de gagner 25 mille francs Cfa mensuels d’un seul coup, lors de négociations syndicales. « Ce qui est extrêmement rare », concède Ndiouga Wade, le secrétaire général du Synpas. Les salariés de la Sps (à distinguer de Sps Port) ont refusé tout de même de dévoiler le montant initial de leur paie. Plus chanceux qu’eux, mais pas directement concernés par le gardiennage, le personnel civil travaillant chez les Eléments français du Sénégal dont les revendications ont été satisfaites dans l’ordre de 80 %, est gâté en comparaison aux autres. « La majorité des travailleurs qui exercent sont exploités. Depuis quelques années, et le Synpas ne cesse d’attirer l’attention des autorités publiques sur la nécessité absolue de finaliser la mise en Âœuvre et la signature de cette convention, nous insistons sur cette problématique avant que les travailleurs ne descendent dans la rue », a déclaré le secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), Mody Guiro.

La bonne graine et l’ivraie

De manière générale, la sécurité privée au Sénégal (à Dakar, devrait-on dire, qui concentre la presque totalité de l’activité) souffre de l’absence d’un cadre juridique dont les parties (syndicats, Etat et employeurs) s’emploient à diligenter son implémentation. La permissivité du métier est de ce fait déplorée par les acteurs réels qui craignent que ses conséquences ne déteignent sur l’économie réelle. Parler d’une nouvelle convention collective relève presque de la désinformation, car il n’en existait pas d’ancienne. Jusque-là, c’était la Convention collective du commerce qui a servi de barème. « Nous sommes en négociation depuis plusieurs mois. Nous avons terminé de rédiger le corps de la convention et finalisé les classifications d’emploi. Il reste seulement le barème des salaires », a expliqué le secrétaire général du Synpas, Ndiouga Wade. Ce dernier estime que le développement du marché de la sécurité n’est pas forcément signe de sa bonne santé. La prolifération incontrôlée d’agences parallèles est de l’ivraie qu’il faut rapidement séparer de la bonne graine des entreprises formalisées.

« D’ici la fin de l’année, on espère avoir des textes nouveaux, un décret ou une loi pour assurer l’intérêt qu’on porte à ce secteur. Les agences qui paient les salaires et observent la règlementation doivent être protégées. La plupart d’entre elles font face à une concurrence déloyale d’entreprises qui paient des salaires dérisoires où les gens travaillent à vie sans contrat. C’est le challenge qui se pose à nous. Nous avons espoir qu’avec cette nouvelle convention et l’assainissement, les travailleurs auront un emploi décent », souhaite M. Wade. Le dirigeant d’une agence privée a, sous le couvert de l’anonymat, relevé le paradoxe de cette opacité dans un domaine aussi sensible que la sécurité. « Pour des raisons évidentes, on aurait pu avoir des problèmes de traçabilité sauf dans la sécurité privée. C’est un laisser-aller qui ne permet aucune lisibilité, aucune transparence dans un domaine aussi sérieux. Nous qui nous efforçons d’observer les règles du jeu, d’être le plus proche possible de la formalité, sommes lésés. Nos concurrents sont à leur avantage, puisqu’ils n’en respectent rien et jouent selon leurs propres règles », peste-t-il. Une condition nécessaire pour mettre fin à ce méli-mélo qui demeure un grand pourvoyeur de main-d’Âœuvre.

Lueur d’espoir

Les autorités publiques, justement, à travers le directeur général du Travail et de la Sécurité sociale, Karim Cissé, semblent s’engluer dans des généralités, en attendant « les recommandations de ce congrès ordinaire ». Le ministère de l’Intérieur a convoqué les partenaires sociaux pour discuter et opérer les réformes nécessaires. Un comité technique est en place et les travaux ont démarré.

Autre lueur d’espoir pour ces forçats du gardiennage, un projet du Bureau international du travail (BIT) pourrait mettre fin à leurs souffrances. Le programme-pays de promotion du travail décent de 2e génération (2018-2022), celui du passage méthodique et graduel des emplois du secteur informel au secteur formel, semble la seule lumière au bout du tunnel.

En attendant, c’est la diligence d’une loi locale que tout le monde appelle de ses vÂœux. « J’ose espérer que, dans les prochaines semaines, cette convention pourra être finalisée et que les parties prenantes prendront les dispositions nécessaires pour procéder à sa signature », souhaite Ndiouga Wade.

 

Auteur: Ousmane Laye Diop – EnquetePlus

       

 

 

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